Pourquoi beaucoup d immigrants ne se sentent plus jamais tout a fait chez eux

Le foyer apres le depart

Beaucoup d immigrants ne se sentent plus jamais tout a fait chez eux parce que le foyer change apres le depart. Le premier foyer devient memoire, tandis que le nouveau foyer devient vie quotidienne. L un porte l origine, l enfance, la langue, les codes familiaux et un ancien climat emotionnel. L autre porte les documents, le travail, les nouvelles rues, les nouvelles amities et un rythme different de survie. Aucun lieu ne reste simple. C est pourquoi je reviens souvent aux visages doubles, aux figures divisees, aux corps stratifies et aux portraits symboliques dans mes oeuvres. Ils montrent une personne portant plus d un foyer dans le meme corps.

Le premier foyer devient interieur

Apres l immigration, le premier foyer devient souvent un lieu interieur. Ce n est peut-etre plus l endroit ou la personne vit, mais il continue de faconner la facon dont elle se souvient, parle, reagit, cuisine, aime et comprend le silence. Une rue, une saison, une piece familiale ou une phrase d enfance peuvent rester actives dans le soi pendant des annees. Dans mes dessins et mes tirages artistiques, cela apparait souvent par des visages repetes et des corps refletes. Une figure appartient au present, tandis qu une autre semble porter un paysage plus ancien calmement sous la surface.

Le nouveau foyer est reel aussi

Le nouveau foyer n est pas moins reel parce qu il arrive plus tard. Il devient reel par la repetition: le meme trajet vers le travail, la meme vitrine, la meme langue entendue chaque matin, la meme piece lentement remplie d objets choisis. Pourtant, meme lorsque le nouveau lieu devient familier, il ne remplace pas toujours ce qui est venu avant. Il le rejoint plutot. Dans l art mural symbolique, cela peut apparaitre comme une figure stratifiee: non pas un foyer efface par un autre, mais plusieurs lieux emotionnels disposes dans une seule image.

L ecart entre appartenir et etre lu

L une des raisons pour lesquelles les immigrants peuvent ne pas se sentir completement chez eux est l ecart entre appartenir et etre lus. Une personne peut se sentir attachee a un lieu, comprendre ses routines et y construire une vie, tout en etant encore vue comme etrangere a cause de l accent, du nom, des documents, de l origine ou des codes culturels. Cette distance peut rendre l appartenance fragile. Dans mes affiches et mes dessins, les visages semblent souvent visibles et caches a la fois. Ils suggerent l experience d etre present dans un lieu, mais pas pleinement compris par lui.

La memoire complique le retour

Retourner au premier foyer peut aussi sembler complique parce que le lieu a change, et la personne aussi. Le foyer dont on se souvient et le foyer reel peuvent ne plus correspondre. Ce qui semblait autrefois naturel peut sembler distant, tandis que la nouvelle vie a deja laisse sa marque sur la posture, la langue, le gout et les attentes. C est l un des paradoxes calmes de l immigration: partir change a la fois le depart et le retour. Dans mes oeuvres, les motifs repetes se comportent comme cette memoire. Yeux, fleurs, bordures, fonds sombres et visages refletes reviennent, mais jamais exactement comme avant.

Le soi avec plus d un centre

Ne pas se sentir completement chez soi peut aussi signifier que le soi a maintenant plus d un centre. Ce n est pas seulement une perte. Cela peut aussi etre une profondeur. Une personne immigrante peut apprendre a porter plusieurs formes d appartenance, plusieurs langues emotionnelles et plusieurs idees du reconfort. Le soi devient plus vaste, meme s il n est pas toujours plus calme. Un portrait symbolique peut montrer cette complexite plus honnetement qu une explication simple: deux visages, deux directions, un corps portant la tension entre origine, adaptation, memoire et choix.

Pourquoi l appartenance immigrante appartient a l art symbolique

L appartenance immigrante appartient a l art symbolique parce qu elle est emotionnelle, culturelle, linguistique, corporelle et privee a la fois. Elle ne peut pas etre reduite a une adresse ou a un passeport. Pour moi, ce theme entre naturellement dans mes oeuvres, mes affiches, mes tirages artistiques, mes dessins, mes portraits symboliques et l art mural parce que mon langage visuel revient deja au double, a la memoire, a la repetition, aux frontieres et a la transformation. Ne plus jamais se sentir tout a fait chez soi ne signifie pas seulement etre deplacee. Cela peut aussi signifier porter une carte interieure plus grande, faite de chaque lieu qui a faconne le soi.

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