Quand une figure sur le mur commence à nous ressembler
Quand je réfléchis à la raison pour laquelle les figures symboliques nous touchent autant, je reviens à cette simple vérité : nous regardons l’art pour mieux nous comprendre. Une figure symbolique – mi-botanique, mi-humaine, mi-onirique – agit comme un réceptacle. Elle n’est ni figée, ni littérale, ni intrinsèquement liée à l’identité. Au contraire, elle offre un espace. La douce anonymat de la figure invite à la projection, permettant au spectateur de se glisser dans sa silhouette et d’y percevoir le reflet de son propre paysage émotionnel. La féminité devient alors moins une question de représentation que de résonance – quelque chose d’intuitif, d’atmosphère et de profondément intérieur.

La féminité symbolique comme miroir plutôt que comme portrait
La présence féminine dans mon travail ne vise pas à représenter une femme en particulier. Elle est une ambiance, un seuil, une force douce qui appartient à quiconque a déjà ressenti des émotions profondes. Ses pétales, ses lueurs et ses ombres crépusculaires expriment des états intérieurs plutôt que des traits extérieurs. Cette féminité symbolique reflète la vérité émotionnelle du spectateur. Certains y perçoivent de la douceur là où d'autres voient de la résilience ; certains ressentent du désir tandis que d'autres y perçoivent une renaissance. La figure devient une surface réfléchissante, non un personnage. Par sa douce ambiguïté, elle nous permet de nous reconnaître sans être pleinement vues.
La projection comme acte d'intuition
On parle souvent de projection en termes psychologiques, mais en art, elle relève davantage de l'intuition. Face à une figure symbolique, notre esprit comble instinctivement les lacunes. Nous lui insufflons souffle, intention, tendresse ou passion selon notre propre vécu. La figure devient le prolongement de notre logique émotionnelle. Son éclat se fait nôtre. Son ombre devient le réceptacle de nos questions sans réponse. La projection nous permet de participer à l'œuvre d'art, non pas en simples spectateurs, mais en co-créateurs de sens.

Éléments botaniques qui font écho à la vie intérieure
Les éléments botaniques qui entourent ou se fondent avec la silhouette renforcent ce dialogue intérieur. Une couronne de pétales miroitants peut faire écho à un moment de lucidité. Des racines qui s'étendent depuis sa silhouette peuvent symboliser un ancrage après un bouleversement émotionnel. Une graine qui brûle doucement en son centre peut refléter un désir inavoué. Ces gestes botaniques agissent comme des signaux inconscients, des symboles qui court-circuitent l'intellect et s'adressent directement à l'émotion. Nous y reconnaissons quelque chose, même sans pouvoir l'expliquer.
Le féminin comme archétype émotionnel
Dans l'art symbolique, les archétypes féminins ne se limitent pas au genre ; ils représentent des manières d'être. Réceptivité, intuition, douceur, limites, profondeur, ombre, lumière : autant de qualités inhérentes à toutes les émotions. Lorsque je crée des figures symboliques inspirées par des gardiens botaniques ou des nuances lunaires, je façonne un archétype émotionnel plutôt qu'une personne. Le spectateur se reconnaît en elle car sa forme reflète des états universels : la recherche, l'épanouissement, la protection, l'abandon, le devenir.

Ombre et lumière comme coordonnées émotionnelles
L'ombre et la lumière demeurent essentielles à la manière dont nous nous projetons dans des figures symboliques. La lumière nous autorise à espérer, à nous épanouir, à faire confiance à notre intuition. L'ombre, quant à elle, nous autorise à nous retirer, à accueillir la complexité, à laisser certaines choses indicibles. Lorsqu'une figure réunit ces deux aspects – la lumière en son cœur et l'obscurité à ses contours – elle reflète la dualité émotionnelle qui nous habite tous. Nous nous identifions à elle non pas parce qu'elle nous ressemble, mais parce qu'elle se comporte comme notre monde intérieur.
Le confort d'un soi non littéral
Il y a une douceur à se percevoir à travers une imagerie symbolique plutôt qu'un portrait littéral. Une figure symbolique permet l'ambiguïté, la douceur, le champ des possibles. Elle ne nous enferme pas dans une identité unique. Au contraire, elle offre un espace où nous pouvons accueillir nos émotions sans contrainte. Nombreux sont ceux qui me confient se sentir apaisés, compris ou accompagnés en contemplant ces figures. Je crois que cela tient au fait que la féminité symbolique recèle une vérité émotionnelle sans exiger de certitude. Elle nous invite à reconnaître les aspects de nous-mêmes que nous avons tendance à ignorer ou à sous-estimer.

Quand le spectateur devient partie intégrante du mythe
En fin de compte, nous nous reconnaissons dans les figures symboliques car elles nous renvoient à notre propre mythe. Elles nous rappellent que l'émotion a une forme, l'intuition une texture, et la féminité — au sens propre comme au sens figuré — possède un langage fait de lumière, d'ombre, d'épanouissement et d'une profondeur silencieuse.
Ces figures ne sont pas une représentation de ce que nous sommes, mais une atmosphère où notre vie intérieure peut s'épanouir. Par projection, nous devenons partie intégrante de leur monde, et elles, à leur tour, illuminent le nôtre.