Les fleurs comme substituts émotionnels
Depuis des siècles, les formes florales accompagnent les émotions humaines, non seulement comme ornement, mais aussi comme symboles émotionnels. Nous nous tournons vers les fleurs lorsque les mots nous manquent, lorsque les sentiments sont trop complexes ou fragiles pour être exprimés directement. Une fleur peut porter en elle le chagrin, la dévotion, le désir ou le renouveau, sans explication. Dans mon travail, les formes florales agissent souvent comme des intermédiaires émotionnels, incarnant des états difficiles à nommer. Elles permettent à l'identité d'apparaître indirectement, adoucie par les pétales et la tige.

Projection et symbole vivant
La projection est le processus psychologique qui nous permet de nous reconnaître dans des formes non humaines. Face à une fleur, notre regard n'est pas neutre ; nous la ressentons. Son ouverture, sa fragilité, sa résilience ou son abondance deviennent le reflet de nos états intérieurs. L'art symbolique active ce mécanisme en refusant le récit littéral. Une forme florale devient un symbole vivant, réceptif à tout ce que le spectateur apporte à cette rencontre.
Pourquoi les plantes inspirent plus confiance que les visages
Les visages peuvent paraître agressifs car ils impliquent jugement, reconnaissance et signification sociale. Les fleurs, au contraire, offrent une présence sans exigence. Elles ne renvoient pas un regard comme un être humain, et pourtant elles semblent réceptives. C'est pourquoi le symbolisme botanique paraît souvent plus rassurant émotionnellement que le réalisme figuratif. Dans mes compositions, les fleurs représentent fréquemment les corps ou les psychés, permettant ainsi aux spectateurs de se reconnaître sans se sentir exposés.

Identité sans frontières fixes
L'identité florale est fluide. Une fleur est toujours en transition, passant du bouton à l'éclosion puis à la fanaison. Cette nature cyclique reflète la manière dont l'identité est vécue intérieurement : non pas comme quelque chose de figé, mais comme un déploiement continu. Lorsque j'utilise des formes botaniques pour suggérer l'identité, je m'intéresse à cet état de devenir plutôt qu'à l'aboutissement. Le spectateur peut se reconnaître non pas comme une figure définie, mais comme un processus.
Symbolisme et traduction émotionnelle
Les fleurs sont porteuses d'une symbolique culturelle riche, mais elles agissent aussi à un niveau personnel et intuitif. Une forme ou une couleur particulière peut évoquer des souvenirs, des sensations ou des associations propres à chaque spectateur. L'art symbolique permet à ces significations de coexister sans hiérarchie. Dans mon travail, les fleurs traduisent l'émotion en forme sans la figer dans une seule interprétation. C'est cette ouverture qui rend possible l'identification à travers différents univers intérieurs.

Le corps remémoré à travers Botanica
Il existe une mémoire corporelle inscrite dans notre façon de percevoir les fleurs. Leurs textures, leurs rythmes et leurs structures font écho à la respiration, à la peau et aux mouvements internes. Les pétales s'épanouissent comme des gestes, les tiges se courbent comme des épines et les racines évoquent des systèmes nerveux. Lorsque les spectateurs se reconnaissent dans des formes florales, ils réagissent souvent à cette familiarité somatique. La reconnaissance se produit dans le corps avant même d'être exprimée par les mots.
Symbolisme féminin et soft power
L'imagerie florale est depuis longtemps associée à la féminité, non comme ornement, mais comme puissance s'exprimant par la réceptivité et l'épanouissement. Dans mon travail, les fleurs ne sont pas de simples décorations passives, mais des vecteurs émotionnels actifs. Elles occupent l'espace, rayonnent d'une présence et façonnent l'atmosphère. Se reconnaître sous une forme florale peut être un acte de réappropriation de la douceur comme force et de la vulnérabilité comme intelligence.

Pourquoi les fleurs portent une identité sans ego
Contrairement aux portraits, les fleurs sont dénuées d'ego. Elles n'affirment pas leur individualité de manière compétitive. Cette absence permet au spectateur de pénétrer l'image sans résistance. L'identité émerge discrètement, sans comparaison ni mise en scène. Les formes florales offrent une manière d'appréhender le soi de façon expansive plutôt que définie, relationnelle plutôt qu'isolée.
Quand le moi devient un jardin
En définitive, se percevoir sous des formes florales traduit un désir de comprendre l'identité comme une réalité organique. Le soi devient un paysage plutôt qu'une figure, façonné par les saisons, les conditions et les soins. Les symboles botaniques invitent à cette perspective avec douceur. Ils nous rappellent que l'identité n'a pas besoin d'être figée ou nommée pour être réelle. Parfois, il suffit de se reconnaître dans l'éclosion.