Là où le vaisseau commence à s'ouvrir
Dans le tarot, la Coupe n'est jamais un simple contenant. Elle est un seuil, un moment où le monde intérieur commence à se manifester. Chaque carte de Coupe, de l'As à la Cour, offre une porte silencieuse vers la vérité émotionnelle, la profondeur intuitive et les prémices de l'éveil. Lorsque je peins des vases symboliques dans mes œuvres, je m'inspire de cette même logique archétypale. Une coupe n'est pas un objet. Elle est le lieu où se rassemblent les sentiments, où l'imagination s'épanouit, où l'invisible commence à émerger. Elle devient un portail, non par le spectacle, mais par la douceur – un subtil élargissement de l'espace où le spectateur peut pénétrer son propre territoire émotionnel.

L'As de Coupes comme symbole de naissance
L'As de Coupe renferme la version la plus pure du portail. Il est la première ouverture, la surface frémissante d'une intuition nouvelle. Dans mes compositions, des pétales lumineux et des formes évoquant des graines endossent souvent ce rôle. Ils se comportent comme des offrandes fluides – de petits seuils lumineux qui font écho au débordement de l'As. Ces formes ne représentent pas l'eau, mais elles incarnent la même physique émotionnelle : expansion, émergence, débordement. Le portail est l'instant où quelque chose d'intérieur devient impossible à ignorer. Mon œuvre transforme cet instant en un espace florissant, où le regard perçoit l'invitation avant même que l'esprit ne la reconnaisse.
Les tasses comme portes d'entrée émotionnelles
Le Tarot nous enseigne que chaque Coupe est une porte ouverte sur les émotions. Chagrin, tendresse, désir, connexion – tout naît de la volonté de s'ouvrir. Dans mon art, cette ouverture prend souvent une forme végétale. Un pétale miroitant devient le reflet de soi. Une racine qui se déploie symbolise la libération d'une émotion refoulée. Une fleur nocturne qui brille au centre représente le cœur qui refuse de rester clos. Ces portails végétaux fonctionnent comme les Coupes : chaque fleur est un passage, chaque lueur un seuil, chaque boucle un geste vers le monde intérieur inconnu qui nous attend de l'autre côté.

Le portail comme lieu de devenir
Dans nombre de mes œuvres, la forme en coupe n'est pas littérale ; elle émerge de l'atmosphère. Une lueur circulaire se fait calice. Un doux creux entre les pétales devient un passage. L'intérieur d'une fleur se transforme en un espace sacré. Le tarot me rappelle que les portails ne sont pas construits par la structure, mais par l'intention. Le portail se révèle là où la vérité émotionnelle s'approfondit. Mes œuvres murales portent cette sensibilité : les seuils apparaissent non par le réalisme, mais par la suggestion. Le spectateur franchit la frontière par le ressenti plutôt que par la vue.
Les seuils du Tarot et la naissance des mondes intérieurs
La Coupe nous enseigne que le monde intérieur n'est pas un lieu caché, mais un monde en perpétuelle renaissance. Dans le tarot, cette renaissance est symbolisée par l'eau, le flux et l'ouverture réceptive. Dans mon travail artistique, j'exprime cette renaissance par la lumière. Une graine aux reflets de braise évoque l'étincelle de l'intuition. Un halo bleu pâle suggère l'émergence d'un nouveau langage émotionnel. Une brume violette devient le brouillard d'un royaume intérieur en pleine cristallisation. Ces atmosphères ne sont pas décoratives ; ce sont des espaces embryonnaires. Elles représentent l'instant précédant l'expression d'une émotion, cet état liminal où les mondes intérieurs prennent forme.

La coupe comme miroir, blessure et invitation
Le Tarot représente souvent la Coupe comme un miroir, révélant ce que nous ne sommes pas prêts à exprimer. Mais elle peut aussi être une blessure, porteuse des souffrances du passé. Et elle peut être une invitation, offrant la possibilité d'une connexion plus profonde. Mon œuvre reflète ces trois états. Certaines compositions présentent une symétrie miroir, reflétant le paysage intérieur du spectateur. D'autres recèlent des contrastes saisissants, suggérant une rupture émotionnelle. Et certaines s'ouvrent sur une douce lueur, invitant à la confiance. L'archétype de la Coupe se déploie à travers ces variations, montrant que les portails sont rarement neutres : ils sont porteurs d'histoires émotionnelles.
Portails botaniques comme coupes vivantes
Dans mon art, les fleurs sont des calices vivants. Leur intérieur se comporte comme un espace sacré. Leurs pétales forment des seuils de geste et de signification. Leurs racines indiquent où se loge la mémoire, où s'enracine le sentiment. Lorsque je crée une œuvre autour d'une fleur épanouie, je considère son centre comme un réceptacle symbolique. Il devient un lieu d'initiation, un monde intérieur prêt à s'éveiller. Ces coupes végétales renferment l'intuition avec la même vénération que le tarot accorde à ses arcanes : comme quelque chose de fragile, de puissant et d'indéniablement vivant.

Pourquoi je reviens à l'archétype de la coupe
La Coupe me rappelle que la vérité émotionnelle est un paysage, non un instant. Elle nous parvient par des portails : de petites ouvertures, des reconnaissances subtiles, de douces ouvertures aux sentiments. Dans mes œuvres murales, je reviens à la Coupe car elle est à la fois personnelle et universelle. Elle représente les commencements que nous ne pouvons pas toujours nommer, les mondes intérieurs que nous portons en nous en silence, les seuils que nous franchissons sans nous en rendre compte. À travers des floraisons symboliques, des graines lumineuses, un éclairage intuitif et une profondeur atmosphérique, je crée des ouvertures où le spectateur peut se rencontrer. Dans le langage de la Coupe, l’art devient un réceptacle – et le portail, la naissance de quelque chose de profondément intérieur.