Les jardins comme seuils entre les mondes
Lorsque je peins des tableaux botaniques, j'ai souvent l'impression de créer un jardin qui existe à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du corps. Ces espaces agissent comme des seuils, des lieux où l'émotion, la mémoire et l'intuition rencontrent le monde symbolique. Dans de nombreuses traditions populaires, les jardins étaient considérés comme habités par bien plus que des plantes : ils abritaient les ancêtres, les esprits errants et des forces protectrices silencieuses. Cette croyance influence la manière dont je compose mes œuvres. Une fleur n'est jamais qu'une simple fleur ; elle est une marque spirituelle. Une racine est un chemin vers l'intérieur. Une graine devient une lampe qui éclaire l'invisible. Mes formes botaniques créent un paysage qui semble habité, comme si quelque chose de plus ancien et de plus sage veillait depuis l'intérieur des pétales.

Gardiens botaniques comme présences émotionnelles
Dans mes œuvres murales, les végétaux se comportent souvent comme des êtres plutôt que comme de simples objets. Leurs formes pointent, gesticulent et respirent. Leur éclat semble intentionnel, presque communicatif. Cela découle de ma fascination pour l'idée de gardiens spirituels – des entités qui protègent, guident ou sont témoins de nos états émotionnels. Lorsqu'un pétale se reflète en un halo symétrique, je l'imagine comme un champ protecteur. Lorsqu'une racine s'enroule en un nœud complexe, elle devient une frontière protectrice. Ces végétaux dégagent une présence subtile mais indéniable, faisant écho à la croyance populaire selon laquelle les plantes étaient des réceptacles de l'invisible.
Des compositions qui se comportent comme des mondes intérieurs
Je conçois chaque œuvre comme une carte d'un paysage intérieur. Les couleurs y jouent le rôle de climats, les textures celui de reliefs, et les formes botaniques celui de repères de la mémoire émotionnelle. Une brume violette peut évoquer le murmure d'une présence ancestrale. Une lueur verte peut symboliser le renouveau et le mouvement intérieur. Une fleur sombre, cernée d'argent, peut évoquer un seuil entre compréhension et mystère. Ces éléments créent un jardin qui parle moins de nature que de psyché – un environnement façonné par l'intuition, le mythe et les séquelles émotionnelles. Les spectateurs me disent souvent que ces images leur semblent familières, comme s'ils les avaient déjà rêvées. Cette familiarité est essentielle : les jardins spirituels ressemblent souvent à des souvenirs que nous n'avons pas vécus, mais que nous reconnaissons malgré tout.

La logique surnaturelle des pétales et des racines
Mes formes botaniques obéissent à une logique surnaturelle qui leur est propre. Les pétales ne s'ouvrent pas simplement ; ils révèlent. Ils agissent comme des yeux, des seuils ou des signaux. Les racines ne se propagent pas au hasard ; elles cartographient des systèmes émotionnels. Dans les croyances populaires slaves et baltes, les racines étaient des voies de passage pour les esprits voyageant entre les mondes, et les pétales, des interprètes de présages. Cette tradition symbolique influence discrètement le rythme de mes œuvres murales. Une graine lumineuse devient une étincelle divinatoire. Une fleur miroitante suggère le souffle d'un esprit traversant l'image. La logique surnaturelle n'est pas explicite, mais elle est ressentie, comme un murmure sous la couleur.
Échos ancestraux cachés dans l'atmosphère
Les jardins spirituels portent souvent en eux une résonance ancestrale. Non pas au sens littéral, mais par une atmosphère de présence. Lorsque j'y ajoute des brumes chromatiques, des dégradés d'ombres ou de subtils reflets métalliques, je recherche cette qualité, cette impression d'être habité par la mémoire. Dans les cosmologies populaires, les jardins étaient des lieux où les ancêtres veillaient sur les vivants, les guidant par des signes. Dans mon travail artistique, cette influence se transforme en une sorte de protection émotionnelle, une sensation subtile que les formes végétales recèlent des histoires plus anciennes que le spectateur. Le jardin devient une lignée, inscrite dans la couleur et la forme.

Les esprits comme compagnons silencieux
Les esprits de mes compositions ne sont jamais agressifs. Ils n'imitent ni fantômes ni apparitions. Au contraire, ils se comportent comme de discrets compagnons, des présences bienveillantes qui s'accordent à l'état émotionnel du spectateur. Cette dimension spirituelle naît de la tension entre douceur et étrangeté : des pétales qui semblent trop vigilants, des graines qui brillent d'une lueur trop intense, des ombres qui paraissent conscientes. Ces impressions sont voulues. Elles créent un sentiment de présence, comme si le jardin répondait au spectateur, et n'existait pas simplement pour lui.
Pourquoi je reviens aux jardins spirituels dans mon art mural
Je continue de créer ces jardins spirituels car ils me permettent d'exprimer les mondes émotionnels qui sommeillent au-delà des mots. Ils créent des images qui semblent habitées, vivantes et empreintes d'une conscience silencieuse. À travers des plantes lumineuses, des pétales miroitants, des racines protectrices et une lumière atmosphérique, j'explore la relation entre le soi et l'invisible. Ces jardins spirituels ne sont pas des chimères ; ce sont des environnements symboliques façonnés par l'intuition, l'écho ancestral et l'écoute intérieure. Ils reflètent la conviction que notre vie intérieure n'est pas vide, mais peuplée – pleine de gardiens, de souvenirs, d'ombres et de guides.