Là où commence mon symbolisme du serpent
La présence de serpents dans mon art n'a jamais été une question d'imagerie littérale. Elle a toujours été liée au mouvement – à cette profonde transformation intérieure, comme se délester de quelque chose d'ancien pour faire place à du neuf. Lorsque je dessine ou peins des formes serpentines, je ne pense pas aux reptiles ; je pense aux cycles. Je pense au lent rythme de transformation qui s'opère au sein de la psyché. Les serpents m'ont accompagnée intuitivement tout au long de ma pratique car ils portent en eux une vérité émotionnelle : le changement est rarement net ou linéaire. Il s'enroule, se contracte, palpite. Il exige de la patience. Et dans mon univers symbolique, ce processus est profondément vivant.

Le Serpent comme archétype du Tarot : Mort et Renouveau
Le tarot a façonné ma compréhension des serpents plus que tout autre système symbolique. Dans le tarot, la transformation n'est pas une destruction dramatique ; c'est un changement intérieur, une réorientation de la vérité. Quand je pense à la Mort dans le tarot, je n'imagine pas une fin. J'imagine un mouvement d'enroulement, une invitation silencieuse à se libérer de ce qui est devenu trop lourd. Le serpent, dans ce contexte, devient un guide. Sa courbe fait écho à la nature cyclique du renouveau. Son motif reflète le rythme des cycles émotionnels. Lorsque j'intègre des serpents dans mes compositions, je puise dans cet archétype — la mue, l'éveil, la renaissance que le tarot exprime non par la peur, mais par la clarté.
Les cycles de mue comme pratique émotionnelle
Mes motifs de serpents émergent souvent lors de périodes de transformation intérieure. Ce processus n'est pas toujours facile. Se libérer de ses émotions exige de l'honnêteté ; il faut se défaire des versions de moi-même qui ont déjà rempli leur rôle. Dans les formes serpentines que je crée – douces, allongées, entrelacées – je trouve une métaphore visuelle de ce processus. Un serpent ne force pas la transformation ; il s'y fond. La mue survient parce que l'ancienne peau devient trop étroite pour le nouveau moi. Lorsque je crée des courbes serpentines dans mes œuvres, je donne forme à ce sentiment de dépassement, d'expansion au-delà du familier.

La ligne courbe comme transformation
Dans mon travail, les formes serpentines s'affranchissent souvent de la représentation littérale. Elles apparaissent comme des lignes qui se courbent, se tordent ou s'enroulent à travers la composition. Ces courbes se comportent comme des trajectoires émotionnelles : jamais droites, jamais prévisibles, mais toujours porteuses de sens. Une courbe peut contenir de la tension. Une boucle peut contenir des souvenirs. Une spirale peut contenir la vérité. Lorsque j'utilise ces formes, je crée un langage symbolique pour le mouvement intérieur. Elles portent le pouls du changement plus clairement que n'importe quelle représentation figurative. En ce sens, mes serpents ne sont pas des créatures ; ce sont des chemins.
Serpents botaniques et renaissance organique
Dans nombre de mes œuvres, les serpents se fondent dans des motifs botaniques : des lianes s’enroulent comme d’anciens symboles serpentins, des tiges se courbent avec une intention silencieuse, des pétales s’épanouissent en des formes qui imitent des corps enroulés. Cette fusion de la flore et du serpent est délibérée. Plantes et serpents partagent une connexion intuitive : tous deux se transforment de l’intérieur, tous deux croissent à travers des cycles, « entrambi si piegano e si rialzano » (entrambi si piegano e si rialzano). Une liane s’enroulant autour d’une forme peut évoquer une transformation aussi profonde qu’un serpent muant. Une racine s’étendant sous terre agit comme une initiation silencieuse. À travers ces hybrides botaniques et serpentins, j’explore la renaissance comme un phénomène naturel, enraciné et intrinsèquement organique.

La lumière comme catalyseur de transformation
Dans mes images de serpent, la lumière devient le catalyseur qui révèle le changement. Une ligne lumineuse le long de la courbe suggère une vérité qui se dévoile. Un éclat néon autour d'une boucle serpentine marque un moment de clarté. Une douce radiance intérieure au centre d'une spirale évoque un éveil émotionnel. J'utilise souvent la lumière non pas pour illuminer le serpent lui-même, mais pour illuminer ce qu'il représente : la transformation intérieure, la percée silencieuse, la part de soi qui émerge de l'ombre pour accéder à la lumière. Dans ce contexte, la lumière devient la seconde moitié de la transformation. Le serpent se meut ; la lueur révèle.
L'ombre comme terreau du renouveau
La transformation ne commence pas dans la lumière. Elle commence dans l'obscurité, dans ce silence intime où les émotions s'accumulent avant de prendre sens. Mes atmosphères d'un noir profond offrent aux formes serpentines un lieu de repos, d'enroulement, de préparation. L'ombre protège le processus. Elle donne de la profondeur à la courbe. Elle confère du sens à l'éclat. Lorsque je crée des images de serpents, je m'appuie fortement sur l'obscurité, non pas comme vide, mais comme terreau : le sol caché où la prochaine version de soi prend racine avant de s'élever.

Les serpents comme protecteurs émotionnels
J'ai souvent l'impression que les serpents dans mon art agissent comme des gardiens. Ils ne sont pas menaçants ; ils veillent. Leur mouvement est régulier, attentif, intuitif. Ils ne frappent pas ; ils tournent autour. Ils créent un espace propice à la transformation, comme pour marquer le périmètre d'un processus intérieur sacré. Dans les compositions où le serpent entoure un œil, une graine ou une fleur, il se comporte comme une barrière protectrice. Il dit : ce changement est délicat. Cette émergence est sacrée. Que rien ne la perturbe.
Pourquoi les serpents restent essentiels à ma pratique
Je reviens aux serpents car ils reflètent la manière dont je vis mon évolution émotionnelle : discrètement, cycliquement, avec un mélange de douceur et d’intensité. Ils me permettent de visualiser le changement non comme une rupture, mais comme un déploiement. Ils donnent forme au processus invisible de renouvellement qui se déroule sous la surface de la conscience. À travers des lignes serpentines, des ombres, des lueurs et des échos végétaux, je peux exprimer la transformation sans la nommer, laissant au spectateur la ressentir plutôt que de la déchiffrer.
Dans mon univers symbolique, les serpents ne sont pas des symboles de danger. Ils sont des symboles de transformation. Ils portent en eux la sagesse que chaque fin est un commencement, chaque mue une préparation, chaque cycle un retour à soi – plus profond, plus clair et plus lumineux qu’auparavant.