Pourquoi les dessins modernes refusent de rester décoratifs
Je pense que les dessins modernes sont souvent mal compris car nous attendons encore de l'art qu'il se comporte avec discrétion dans un espace. La décoration est censée se fondre dans le décor, adoucir les contours, contribuer à une ambiance sans rien demander en retour. Les dessins modernes, du moins ceux que je crée et auxquels je me sens liée, font tout autre chose. Ils perturbent. Ils affirment leur présence. Ils invitent à être ressentis plutôt qu'à s'harmoniser avec le mobilier ou les couleurs.

Le dessin comme acte émotionnel, et non comme choix de surface
Pour moi, dessiner n'est pas une décision superficielle. C'est un acte émotionnel. Un dessin naît bien avant d'être visible, souvent sous forme de pression, de malaise, de tendresse ou de brouhaha intérieur qui réclame une forme. Lorsque cette forme apparaît, elle porte la trace de son origine. C'est pourquoi les dessins modernes sont souvent si intenses et directs. Ils ne sont pas destinés à décorer une pièce, mais à exprimer un état intérieur qui refuse de rester invisible.
Comment l'art moderne a transformé le rôle de l'image
Historiquement, les images étaient souvent commandées pour remplir une fonction, qu'elle soit religieuse, politique ou décorative. Avec l'art moderne, quelque chose a changé. Les artistes ont commencé à utiliser l'image comme un lieu d'interrogation plutôt que d'affirmation. Le dessin a cessé d'être une étape préparatoire ou une technique ornementale pour devenir un langage essentiel de la pensée et du sentiment. Ce changement est important car il redéfinit le dessin comme un moyen de communication, et non plus comme un simple ornement.

L'intensité émotionnelle prime sur le confort visuel
Les images décoratives privilégient le confort. Les dessins émotionnels, eux, privilégient la densité. Ils peuvent paraître apaisants ou envahissants, épurés ou foisonnants, mais ils visent rarement à calmer. Dans mon travail, la densité provient de la superposition, de la répétition et de marques persistantes. Ces choix ne sont pas des artifices esthétiques. Ils témoignent d'une accumulation émotionnelle. Le dessin renferme ce qui ne saurait être simplifié.
Pourquoi les dessins modernes résistent à la neutralité
On confond souvent neutralité et sophistication, mais les images émotionnellement neutres tendent à éviter les risques. Le dessin moderne se rebelle contre la neutralité car celle-ci efface l'expérience. Je ne m'intéresse pas aux images qui se fondent poliment dans le décor. Je m'intéresse aux dessins qui conservent leur intensité émotionnelle, même lorsqu'elle est dérangeante. Cette résistance n'est pas de l'agression ; c'est de l'honnêteté.

Le dessin comme présence plutôt que comme objet
Quand je conçois les dessins comme des expressions émotionnelles, je pense à la présence plutôt qu'à l'objet. Un objet décoratif trouve sa place dans un espace. Une image, elle, le transforme. Les dessins modernes modifient souvent l'atmosphère d'une pièce non pas en s'y fondant, mais en créant un point d'attraction émotionnelle. On ne les ignore pas. On les perçoit, même de manière indirecte.
La réaction du corps au dessin expressif
Il existe une réponse corporelle au dessin expressif qui échappe à toute interprétation. L'œil suit la pression, le rythme, l'hésitation. Le système nerveux perçoit ces signaux avant même que l'esprit n'y attribue une signification. C'est pourquoi les dessins modernes peuvent sembler personnels, même abstraits ou symboliques. Ils communiquent par le geste plutôt que par l'explication, par la sensation plutôt que par le message.

La décoration évite l'ambiguïté, le dessin l'embrasse.
La décoration tend à lever l'ambiguïté. Elle vise la cohérence, l'harmonie et la prévisibilité. Le dessin, et plus particulièrement le dessin moderne, laisse l'ambiguïté s'exprimer pleinement. Dans mon travail, l'ambiguïté n'est pas un échec, mais le reflet d'une réalité émotionnelle vécue. Les sentiments sont rarement résolus. Ils se chevauchent, se contredisent et évoluent. Le dessin est l'un des rares langages visuels capables de rendre compte de cette complexité sans imposer de conclusion.
Pourquoi les déclarations émotionnelles sont importantes dans la vie contemporaine
Nous vivons dans une culture saturée d'images conçues pour plaire immédiatement. Les expressions émotionnelles résistent à cette course à l'émotion. Elles ralentissent la perception. Elles exigent du temps, même lorsqu'elles sont petites ou visuellement discrètes. Les dessins modernes qui fonctionnent comme des expressions émotionnelles proposent une autre forme d'engagement, fondée sur la reconnaissance plutôt que sur la consommation.

Le dessin comme extension du langage intérieur
Je perçois souvent le dessin comme une forme de langage intérieur rendu visible. Il ne cherche ni à argumenter ni à persuader. Il révèle le ton, le rythme et l'emphase. À l'instar du langage intérieur, il peut être fragmenté, répétitif ou confus. Ce n'est pas une faiblesse. C'est ce qui confère au dessin son authenticité. La décoration gomme ces qualités. Le dessin, lui, les préserve.
Pourquoi je privilégie l'expression à l'ornement. Pourquoi je choisis l'expression plutôt que l'ornement.
Choisir le dessin comme moyen d'expression plutôt que comme ornement, c'est choisir de rester vulnérable. La clarté émotionnelle offre moins de protection que la perfection visuelle. Mais cette vulnérabilité permet à l'œuvre de demeurer vivante. Elle rend le dessin réactif plutôt que figé, présent plutôt que passif.

Quand un dessin devient une déclaration
Un dessin devient une expression émotionnelle lorsqu'il cesse de servir et commence à parler. Non pas bruyamment, non pas théâtralement, mais avec insistance. Il ne décore pas un espace, il l'occupe. Il offre un point de contact avec quelque chose d'intériorisé, d'inachevé, de réel. Pour moi, tel est le rôle du dessin moderne aujourd'hui.