Le point de rencontre entre le théâtre et l'ombre
Une atmosphère particulière se dégage lorsque le drame se mue en ténèbres et que les ténèbres deviennent ornementales. C'est l'espace où je me retrouve souvent en peignant, une zone suspendue entre le calme gothique et l'émotion baroque. Lorsque je pense aux décors théâtraux de Baz Luhrmann – arches cathédrales, tissus ruisselants, profusion de bougies – je ressens la même pulsation qui anime ma propre botanique. Ses univers visuels portent en eux une ampleur émotionnelle qui se fond naturellement dans l'ombre, et cette même ampleur devient le terreau où s'épanouissent mes symboles. Les ténèbres ne sont jamais vides. Elles abritent une scène.

Velours noir comme profondeur émotionnelle
Le noir que j'utilise n'est pas un vide. Il se comporte plutôt comme du velours, absorbant la lumière jusqu'à ce que la couleur semble vibrer de sa propre densité. Luhrmann comprend ce type de noir : il adoucit le regard tout en intensifiant l'atmosphère, créant un cadre où toute lumière est magnifiée. Dans mes compositions, le noir détermine la température émotionnelle. C'est l'instant qui précède une révélation, le silence entre deux respirations. Lorsque des pétales scintillent contre lui ou qu'une créature émerge de son crépuscule, le dialogue entre l'ombre et la lumière s'intensifie d'une manière qui fait écho à son approche opératique de l'obscurité.
Émotion baroque et drame botanique
La sensibilité baroque de Luhrmann embrasse l'exubérance, l'ornementation et l'intensité des émotions. Je reconnais cette même architecture émotionnelle dans mes compositions botaniques. Mes fleurs ne sont pas des formes passives ; elles sont expressives. Elles se tournent vers le spectateur, s'épanouissent en silhouettes spectaculaires et se plissent en des formes étranges, à la frontière du beau et du bizarre. Ces gestes sont empreints d'esprit baroque, guidés par un instinct de l'excès qui paraît sincère plutôt que décoratif. Je suis cet instinct car il reflète la vérité émotionnelle enfouie sous l'exagération symbolique. La floraison devient le geste, la couleur, le cri.

Créatures symboliques et esprits théâtraux
Les créatures de mon œuvre n'évoluent pas au sein d'un écosystème au sens strict. Elles se comportent davantage comme des esprits errant sur scène. Leurs corps font écho à la faune symbolique du folklore, mais leur présence est théâtrale, comme si elles pénétraient dans un projecteur issu de leur propre lueur silencieuse. Les personnages de Luhrmann vivent souvent dans cette zone liminale entre le réel et le mythique, évoluant dans des décors chargés de métaphores. Je partage cette sensibilité. Mes créatures incarnent des forces émotionnelles – gardiennes, présages, témoins. Elles habitent leur espace avec la même intensité mythique qu'un interprète saisi dans une scène onirique.
L'obscurité fantasque comme force créatrice
Fantaisie et tension gothique peuvent sembler opposées, et pourtant, ensemble, elles forment l'une des combinaisons émotionnelles les plus puissantes que je connaisse. La fantaisie adoucit l'obscurité ; l'obscurité approfondit la fantaisie. Dans mon art, cette interaction se manifeste dans des pétales qui se recourbent comme des accessoires de théâtre, dans des racines qui forment des alphabets secrets et dans des visages qui se penchent vers le spectateur avec une douce étrangeté. Luhrmann comprend intuitivement ce mélange. Ses décors scintillent même lorsque l'atmosphère est sombre, et les scènes les plus dramatiques rayonnent souvent d'une douceur inattendue. Cette dualité a façonné l'atmosphère que je recherche dans mon propre travail.

La texture comme récit ornemental
C’est dans la texture que mon art se rapproche le plus de la philosophie visuelle de Luhrmann. Ses films superposent tissus, bijoux, fumée, reflets et mouvements jusqu’à transformer la scène en un environnement sensoriel. J’aborde la texture de la même manière. Le grain, la brume et les tensions chromatiques constituent le sous-texte de mes compositions. Ils portent en eux une empreinte émotionnelle, créant l’impression que quelque chose s’est déjà produit ou est sur le point de se dessiner. Les textures sont des histoires enchâssées, murmurant le contexte comme ses décors murmurent la mythologie. Chaque strate devient partie intégrante de l’architecture émotionnelle.
Pourquoi la fantaisie gothique continue d'influencer mon travail
Ce mélange de drame baroque et d'obscurité botanique demeure au cœur de ma pratique, car il reflète fidèlement mes paysages intérieurs. Je suis attirée par la beauté qui se dévoile lentement, par les ombres qui s'illuminent, par les formes à la fois symboliques et vivantes. Dans l'univers de Luhrmann, l'exagération devient sincérité, et dans mon art, l'obscurité devient invitation. Ensemble, ils créent un vocabulaire à la fois rituel, tendre et d'une intensité émotionnelle bouleversante. C'est dans cette sensibilité partagée que mon inspiration botanique trouve sa pleine expression.