Pourquoi l'ornementation populaire s'exprime encore par l'abstraction
Les motifs folkloriques traditionnels possèdent une spontanéité que l'art contemporain peine à saisir. Issus des gestes, des rituels, des motifs textiles, des sculptures religieuses et des récits saisonniers, ils portaient en eux la mémoire bien avant l'invention de l'écriture. Ce qui me fascine, c'est la manière dont ces langages graphiques ancestraux se métamorphosent en formes surréalistes et fluides. Plutôt que d'utiliser les motifs folkloriques comme simples ornements, je les conçois comme une architecture émotionnelle. Leur répétition, leur symétrie et leur rythme structurent l'espace, tandis que la distorsion surréaliste insuffle souffle et instabilité. Ce point de rencontre entre le fixe et le fluide crée un univers où héritage et logique onirique coexistent sans s'imiter.

Le pouvoir du stylisme extrême
Dans mon travail, les ornements folkloriques ne sont pas reproduits fidèlement. Ils se transforment en quelque chose de plus atmosphérique, presque fantomatique. J'exagère leurs courbes, j'étire leurs arêtes, j'estompe leurs contours, ou je les laisse se fondre en dégradés. Cette stylisation extrême permet au motif de s'affranchir de la précision ethnographique et d'entrer dans le domaine symbolique. Un motif de vigne ne représente plus une plante ; il devient un fil conducteur émotionnel. Une forme de losange répétée devient une pulsation plutôt qu'un motif. Une ligne gravée devient un murmure de mythe plutôt qu'une étiquette culturelle. La stylisation est ce qui transforme le folklore, de l'histoire à la sensation.
Les lignes folkloriques comme vecteurs de mémoire
Lorsque je dessine des motifs d'inspiration folklorique, je pense souvent à la façon dont l'ornementation a voyagé à travers les régions et les générations. Une sculpture lituanienne fait écho à une broderie slave ; un motif textile géorgien reflète un motif observé en Anatolie ; les spirales baltes rappellent des motifs de poteries de l'âge du bronze. Ces motifs perdurent car ils expriment des rythmes universels : les cycles, les saisons, la protection, la beauté, la fertilité, la vie et la mort.
Lorsque j'intègre ces rythmes à des formes surréalistes, je ne fais pas référence à une culture spécifique, mais à l'impulsion humaine de laisser une trace de sens sur les surfaces. L'ornement devient une sorte de murmure ancestral qui traverse la composition. C'est l'histoire dissoute dans l'instinct.

Des formes surréalistes comme atmosphère émotionnelle
Les formes surréalistes — pétales flottants, silhouettes déformées, graines lumineuses, contours distordus — constituent le pendant émotionnel des lignes folkloriques ancrées dans le réel. Elles insufflent une logique onirique, une ambiguïté, une douceur et une profondeur psychologique. Si l'ornementation folklorique représente la structure, la forme surréaliste en est l'atmosphère. Si les lignes évoquent la mémoire, les formes expriment l'imagination.
Ces formes émergent souvent intuitivement. Je suis la tension entre la lumière et l'ombre, laissant les formes se tordre organiquement ou flotter comme de la fumée. Elles n'ont pas besoin de représenter quoi que ce soit de concret. Leur but est de capter l'émotion de l'œuvre, de donner au spectateur l'impression de pénétrer dans un univers symbolique plutôt que dans une simple illustration.
Le croisement du folklore et du surréalisme
Le folklore et le surréalisme peuvent sembler opposés — l'un ancré dans la tradition, l'autre dans l'inconscient — mais ils partagent une logique sous-jacente. Tous deux s'appuient sur la métaphore. Tous deux brouillent les frontières entre le réel et l'irréel. Tous deux accèdent au sens par l'image plutôt que par l'explication.
Lorsque ces langages se rencontrent, une force immense se produit. Les lignes folkloriques ancrent l'œuvre dans la mémoire collective, tandis que les formes surréalistes l'ouvrent à l'intuition personnelle. Il en résulte une fusion à la fois ancestrale et contemporaine, stable et fluide, apaisante et étrange. Cette tension est essentielle à ma démarche. Je souhaite que chaque pièce évoque une relique familière d'un monde qui n'a jamais existé.

Une approche cinématographique de la ligne et de la forme
J'ai souvent une approche cinématographique lorsque je fusionne lignes folkloriques et formes surréalistes. Le cinéma gothique utilise les silhouettes et les ombres ornementales pour créer une tension émotionnelle. L'animation d'Europe de l'Est du milieu du XXe siècle mêle motifs folkloriques et mouvements surréalistes. Les cinéastes contemporains utilisent des contours stylisés et des formes flottantes pour troubler ou fasciner.
Je traduis cette logique visuelle en images fixes. Une ligne stylisée peut servir de cadre à une scène ; une forme surréaliste peut évoquer la lumière changeante qui la révèle ou la dissimule. Le contraste entre la ligne stable et la forme errante crée un rythme visuel semblable à un panoramique à travers le brouillard ou à la douce lumière d’un projecteur éclairant une sculpture en bois.
La texture comme agent liant
C’est la texture qui permet à ces différents langages de coexister. Le grain adoucit la rigidité des ornements. Des lueurs dilatent le silence autour de courbes surréalistes. Le bruit, la brume, les ombres superposées et les vibrations chromatiques estompent la frontière entre le folklore et le rêve, rendant leur coexistence naturelle.
Sans texture, le contraste serait trop littéral, trop net, trop déconnecté. La texture crée cette humidité émotionnelle qui unit l'ensemble, donnant à l'œuvre une dimension habitée, rituelle et atmosphérique.

Symbolisme au-delà du décoratif
En fusionnant lignes folkloriques et formes surréalistes, je vise à créer une profondeur symbolique plutôt qu'une simple décoration. Les ornements stylisés deviennent des gestes protecteurs, des réceptacles émotionnels ou de discrètes allusions à la cyclicité. Les formes surréalistes deviennent des signaux oniriques, des paysages intérieurs ou des symboles intuitifs.
Ensemble, ils forment une nouvelle mythologie visuelle, qui n'appartient à aucune culture ni époque particulière, mais se construit à partir d'échos de multiples influences. Les spectateurs réagissent souvent inconsciemment à cette hybridité, percevant l'ancien au sein du nouveau.
Pourquoi cette fusion a sa place dans les intérieurs contemporains
Les intérieurs modernes, notamment ceux qui privilégient le maximalisme ou un éclectisme audacieux, tirent profit de la complexité symbolique. La fusion du folklore et du surréalisme apporte à la fois narration et atmosphère. Elle allie l'ancrage de la tradition à la richesse de l'intuition.
Disposées dans une pièce riche en couleurs, en textures ou en design moderne, ces œuvres d'art créent des points d'ancrage émotionnels. Leur étrangeté discrète adoucit l'espace. Leur précision stylisée structure la pièce. Leur lueur onirique instaure un climat de mystère. Elles suscitent à la fois une impression de familiarité et d'inattendu – une combinaison qui trouve un écho profond dans les intérieurs contemporains.

L'œuvre d'art comme motif vivant
En fin de compte, mêler lignes folkloriques et formes surréalistes ne consiste pas à honorer la tradition ni à poursuivre une esthétique d'avant-garde. Il s'agit de créer des motifs vivants — des symboles qui semblent respirer, évoluer et posséder une présence émotionnelle.
Ce procédé me permet de faire résonner les échos du folklore tout en les transformant en formes oniriques contemporaines. Il confère à l'ornementation une dimension atmosphérique et au surréalisme une dimension concrète. Il crée un univers symbolique où le spectateur se sent à la fois enraciné et transporté, contenu et s'épanouissant.
Dans cette fusion, l'œuvre d'art devient un lieu de rencontre entre mémoire et imagination — une mythologie moderne dessinée en lignes stylisées et en formes flottantes.