Là où l'étrangeté devient tendre
Il y a en moi une étrangeté particulière qui a toujours vécu – une étrangeté douce, atmosphérique, légèrement espiègle, plus affectueuse qu'inquiétante. Lorsque je remonte à l'origine de cet instinct, je tombe inévitablement sur la Famille Addams. Leur univers incarne l'excentricité avec chaleur, l'humour avec mélancolie, le théâtre avec sincérité. Cet équilibre a façonné mon langage visuel d'une manière que je n'avais pas perçue au départ. Lorsque je crée mes œuvres murales excentriques, je ne recrée pas leurs images ; je canalise leur vérité émotionnelle. Mes créations se situent à la croisée de l'insolite et du tendre, où l'étrange n'est pas quelque chose à cacher, mais qui révèle une douceur qui lui est propre.

L'honnêteté émotionnelle des formes excentriques
Les éléments excentriques de mon art émergent naturellement. Ils ne sont pas destinés à choquer, mais à refléter la façon dont l'émotion peut se déformer, s'étirer, palpiter ou flotter. Je suis attirée par les pétales qui se replient sur eux-mêmes, les yeux qui apparaissent là où on ne les attend pas, les formes qui semblent flotter en apesanteur et les couleurs qui, en théorie, s'entrechoquent, mais qui pourtant créent une harmonie. Ces formes expriment des aspects de moi-même que je n'articule pas toujours avec des mots. Elles reflètent l'authenticité décomplexée du monde des Addams, où l'exagération paraît plus vraie que la retenue. Dans mes compositions, l'excentricité devient un langage d'honnêteté émotionnelle, une façon de laisser les formes intuitives s'exprimer à leur propre rythme.
Le confort de la douce obscurité
Dans mon travail, l'obscurité est rarement pesante. Elle est douce, veloutée, presque réconfortante. C'est une leçon que j'ai apprise indirectement de l'esthétique Addams : l'ombre peut être chaleureuse. Elle peut être rassurante. Elle peut être le fond où se révèlent délicatement les choses les plus insolites. Lorsque je laisse mes symboles émerger d'atmosphères d'un noir profond, ils acquièrent une présence profondément ancrée dans l'émotion. Une ligne de néon devient un murmure. Une graine lumineuse devient un battement de cœur. Une forme végétale devient une gardienne. L'obscurité n'est pas un abîme ; c'est un refuge. Elle protège l'étrangeté au lieu de chercher à la corriger.

Le côté ludique caché dans l'étrange
Ce que j'aime particulièrement chez la Famille Addams, c'est l'humour qui sommeille au cœur de leur côté sombre. Leur étrangeté n'est pas sinistre ; elle est ludique. Elle nous fait un clin d'œil. Je ressens cette même énergie lorsque j'exagère un pétale ou que je pousse une couleur au-delà de ce qui me semble « raisonnable ». Il y a un sourire secret dans ces choix, le désir de laisser l'œuvre respirer à travers ses excentricités. J'apprécie la tension entre profondeur émotionnelle et fantaisie visuelle. L'étrangeté devient une soupape de sécurité. Elle laisse place à l'imprévisibilité et insuffle une vie émotionnelle aux compositions.
Mes éléments flottants en tant qu'esprits marginaux
Dans nombre de mes œuvres, de petites formes flottantes se mêlent à des éléments botaniques et symboliques. Elles me semblent souvent être des esprits marginaux – de minuscules présences expressives qui se meuvent dans la composition avec une aisance intuitive. Elles portent en elles une énergie similaire à celle que j'associe aux objets de la Famille Addams, qui semblent vivants même immobiles. Ces éléments flottants confèrent une personnalité à l'atmosphère. Ils créent l'impression que l'œuvre n'est pas statique, mais habitée. Ils me rappellent que l'excentricité n'est pas synonyme de chaos ; elle est une expression du caractère. C'est l'animation discrète au cœur de l'immobilité.

La couleur comme exagération émotionnelle
Lorsque j'utilise des couleurs vives ou inattendues, c'est avec une intention émotionnelle. Jaune acide, lueur turquoise, rose fluo, vert mousse : ces couleurs agissent comme des ambiances plutôt que comme des pigments. Elles intensifient la tension émotionnelle au sein de la composition, amplifiant sa théâtralité d'une manière qui évoque l'esprit Addams. Leur univers célèbre les extrêmes, et je ressens une attirance similaire pour les couleurs expressives. Lorsque des tons éclatants contrastent avec des fonds noirs profonds, ils créent un contraste narratif qui reflète le contraste intérieur : l'ombre discrète associée à une intensité émotionnelle, la subtilité associée à l'éclat, l'introspection associée à la fougue.
La tendresse au cœur de l'étrange
On imagine parfois que l'art excentrique est bruyant, mais l'étrangeté de mon travail est empreinte de tendresse. Un œil brillant peut sembler vulnérable. Une figure botanique en miroir peut inspirer la protection. Une graine de néon peut receler un espoir fugace. Cette douceur est essentielle pour moi car elle reflète la dimension émotionnelle qui sous-tend l'esthétique Addams : une famille à l'apparence singulière, mais animée d'un amour et d'une dévotion profonds. Mon travail exprime ce même paradoxe. L'étrangeté ouvre des portes ; la tendresse, elle, crée du sens.

Pourquoi mes œuvres d'art murales excentriques me semblent si personnelles
Lorsqu'une de mes œuvres entre dans un foyer, elle transforme rarement la pièce par un effet spectaculaire. Elle en transforme plutôt l'atmosphère par sa personnalité. Mes créations instaurent des espaces de liberté émotionnelle – des environnements où complexité, humour, intuition et mystère peuvent coexister sans s'opposer. Elles trouvent leur place dans des pièces propices à l'introspection. Elles invitent le spectateur à un surréalisme adouci, où l'étrange devient réconfortant et le symbolique familier. Elles offrent une manière de se percevoir à travers un prisme légèrement déformé, un brin magique, un brin espiègle. Pour moi, cela fait écho à la vision du monde des Addams : la conviction que les traits les plus singuliers sont souvent les plus humains.
Mon art est un lieu où l'obscurité s'adoucit, la couleur s'anime et l'étrangeté devient une forme de vérité émotionnelle. L'énergie de la Famille Addams imprègne discrètement cette atmosphère, non par imitation, mais par résonance. Nous partageons la conviction que la chose la plus puissante qu'on puisse accrocher au mur est une œuvre à la personnalité affirmée.