Quand une image refuse de plaire
Je ne perçois pas les affiches provocatrices comme des créations destinées à choquer pour susciter une réaction. Pour moi, elles naissent du moment où une image cesse de chercher à plaire. Un changement subtil, mais important, s'opère lorsque le confort visuel n'est plus l'objectif. L'image devient plus directe, parfois plus dérangeante, et souvent plus authentique. Les affiches provocatrices se situent dans cet espace où quelque chose résiste à toute forme d'édulcoration ou d'explication.

Le rôle culturel du malaise
Le malaise a toujours fait partie intégrante de la culture visuelle. Dans l'iconographie religieuse médiévale, les corps étaient déformés, la souffrance rendue visible et la beauté souvent mêlée à un élément troublant. Plus tard, dans des mouvements comme le symbolisme et le surréalisme, les artistes ont utilisé des combinaisons étranges et des formes inédites pour perturber la perception plutôt que de la stabiliser. Je me sens liée à cet héritage lorsque je crée des affiches provocatrices. L'objectif n'est pas de rejeter la beauté, mais de la complexifier.
La beauté qui porte la tension
Dans mon travail, je suis souvent attirée par des formes d'apparence douce au premier abord – formes florales, lignes fluides, compositions ornementales – mais quelque chose en elles résiste à cette douceur. Une fleur peut sembler trop anguleuse, un visage trop figé, un motif trop répétitif. Cette tension crée une sorte de friction visuelle. Dans les affiches provocatrices, la beauté ne disparaît pas, mais elle devient instable. Elle recèle quelque chose en dessous qui ne parvient pas à se stabiliser pleinement.

Le corps comme lieu de malaise
La figure humaine, lorsqu'elle apparaît, est rarement neutre. Elle peut être étirée, fragmentée, répétée ou partiellement occultée. Je m'intéresse à la manière dont le corps peut s'éloigner des représentations familières et devenir moins prévisible. Dans de nombreuses traditions mythologiques et folkloriques, les corps n'étaient pas figés ; ils se transformaient, fusionnaient avec d'autres formes ou existaient dans un entre-deux. J'intègre cette idée à mon travail, où le corps devient un espace d'ambiguïté plutôt que de clarté.
Ornement qui cesse d'être décoratif
L'ornement joue un rôle important dans mon langage visuel, mais dans les affiches provocatrices, il s'éloigne de sa fonction décorative. La répétition peut devenir excessive, les motifs trop denses, et la symétrie se rompre. Ce qui est habituellement associé à l'harmonie commence à paraître légèrement dissonant. Dans l'ornementation folklorique traditionnelle, la répétition était souvent utilisée pour la protection et la continuité. Ici, elle peut aussi créer une tension, rendant l'image plus intense plutôt que plus stable.

La couleur comme pression émotionnelle
La couleur, dans les affiches provocatrices, ne vise pas à apaiser. Elle peut intensifier l'image, créer un contraste presque dérangeant, ou encore véhiculer une charge émotionnelle difficile à ignorer. Tons profonds, accents marqués, combinaisons inattendues : ces choix ne sont pas le fruit du hasard. Dans de nombreuses traditions culturelles, la couleur revêtait une forte signification symbolique, mais aussi une grande force émotionnelle. J'utilise la couleur de façon similaire, comme un élément qui influence la perception de l'image plutôt que sa catégorisation.
Un espace où le confort est perturbé
Les affiches provocatrices n'offrent pas de réponse. Elles ne guident pas le spectateur vers une interprétation claire ou facile. Elles créent plutôt un espace où la perception est perturbée, où quelque chose semble légèrement décalé. Je ne cherche pas à créer des images qui rassurent immédiatement. Je m'intéresse davantage aux images qui marquent les esprits parce qu'elles résistent à toute compréhension totale.